Citron Sorbet

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Vocabulaire de la typographie : le lexique complet

Casse, graisse, chasse, corps, contraste, familles de polices : tout le vocabulaire de la typographie expliqué simplement pour bien choisir vos caractères.

Par , graphiste freelance à Nantes

· Mis à jour le

En bref : la typographie a son propre vocabulaire, et le maîtriser change tout quand on choisit ses caractères. Les termes essentiels à connaître : la casse (majuscules ou bas de casse), la graisse (l'épaisseur du trait), le contraste (la variation d'épaisseur au sein d'une lettre), la chasse (la largeur des caractères), le corps (leur taille), l'approche (l'espacement) et les alignements. On classe ensuite les polices en quatre grandes familles : serif, sans serif, cursive et display. Pour votre identité visuelle, retenez la règle d'or : 2 à 3 polices lisibles, cohérentes avec vos valeurs, testées sur tous vos supports.

La typographie est une composante primordiale de la charte graphique de votre entreprise. Elle l'est tout autant que vos couleurs ou votre logotype. Mais dès qu'on veut en parler précisément, on se heurte à un jargon un peu intimidant : chasse, graisse, empattement, fer à gauche… Ce sont des mots que j'emploie tous les jours en tant que graphiste, et qui reviennent sans cesse dans une charte typographique. Voici donc mon lexique de la typographie : un petit dictionnaire typographique pour comprendre chaque terme, avec des exemples concrets et mes conseils pour bien choisir vos caractères.

Démonstration de la casse : « CAPITALES », « bas de casse » et « PETITES CAPITALES » composés en noir sur fond blanc

Qu'est-ce que la typographie, au juste ?

Avant de plonger dans le vocabulaire, remettons les choses à plat. La typographie désigne l'art d'assembler et de composer des caractères pour rendre un texte lisible et porteur de sens. Le mot recouvre deux réalités : d'un côté la police de caractères (le dessin des lettres, comme Helvetica ou Garamond), de l'autre la manière dont on l'utilise (taille, espacement, alignement, hiérarchie).

Un caractère typographique, c'est le signe individuel : une lettre, un chiffre, un signe de ponctuation. L'ensemble des caractères d'un même dessin forme une police, et l'ensemble des polices déclinées à partir d'un même modèle (fine, régulière, grasse, italique…) forme une famille typographique. Comprendre la typographie, c'est d'abord savoir nommer ces briques élémentaires : c'est tout l'objet de ce lexique.

La casse : capitales, bas de casse et petites capitales

On parle de casse pour désigner le fait qu'un texte soit en majuscules ou en minuscules. Un texte en majuscules est dit en capitales ; un texte en minuscules est en bas de casse. On trouve aussi les petites capitales, qui ont la forme de majuscules mais la hauteur des minuscules : on les utilise par exemple pour écrire les siècles en chiffres romains, ou pour composer des sigles sans qu'ils crient dans le texte.

D'où vient ce mot étrange de « casse » ? Il nous vient de l'imprimerie ancienne : les typographes rangeaient les caractères en plomb dans des casiers appelés « casses ». Les majuscules, utilisées moins souvent, occupaient le haut de casse ; les minuscules, le bas de casse. Le vocabulaire est resté. Dans une charte typographique, la casse est un levier puissant : un titre tout en capitales impose de la solennité, tandis qu'un texte en bas de casse paraît plus chaleureux et accessible.

Quatre graisses d'une même police sans serif, de haut en bas Bold, Medium, Regular et Light, en noir sur fond blanc

La graisse : l'épaisseur du trait

L'épaisseur du trait d'un caractère peut varier tandis que sa hauteur reste identique : c'est ce qu'on appelle la graisse. Une même famille propose souvent plusieurs niveaux de graisse, des plus fines aux plus fortes. Les appellations les plus courantes, de la plus légère à la plus lourde : Thin, Light, Regular, Medium, Semibold, Bold, Black.

Les variations de graisse sont l'un des outils les plus précieux pour hiérarchiser l'information : un titre en gras attire immédiatement l'œil, un texte courant en régulière reste confortable à lire, une légende en light se fait discrète. Jouer avec la graisse d'une seule et même police permet souvent de créer une composition riche… sans multiplier les polices.

« Contraste nul » en police bâton et « Contraste élevé » en police à empattements grasse, pour comparer le contraste typographique

Le contraste : quand l'épaisseur varie dans une même lettre

À ne pas confondre avec la graisse. Le contraste désigne la variation d'épaisseur à l'intérieur d'un même caractère : les pleins (traits épais) et les déliés (traits fins). Plus l'écart entre les pleins et les déliés est marqué, plus le contraste est élevé.

Un contraste fort évoque le classicisme, le luxe, l'élégance : c'est la signature de nombreuses polices de mode (pensez aux logos de magazines). Un contraste faible ou nul, où tous les traits ont la même épaisseur, donne une impression de modernité, de robustesse et de neutralité. Ce détail, presque invisible pour l'œil non averti, influence énormément la personnalité perçue d'une marque.

Trois chasses d'une police sans serif : les mots Condensée, Régulière et Étendue composés chacun dans leur largeur

La chasse et l'approche : la largeur et l'espacement

La chasse en typographie, c'est la largeur d'un caractère, espaces latéraux compris. Les espaces qui séparent une lettre de la précédente et de la suivante s'appellent l'approche. Les polices existent en différentes largeurs :

  • Régulière (Regular) : la largeur standard.
  • Condensée (Condensed) : les caractères sont resserrés, plus étroits que la moyenne. Idéale pour composer des titres denses sur peu de place.
  • Étendue (Extended) : les caractères sont visiblement plus larges. Elle apporte de l'ampleur et de la présence.

De nombreuses familles proposent ces trois largeurs, ce qui offre une belle souplesse. On distingue aussi l'interlettrage (l'espacement global entre toutes les lettres d'un mot ou d'un bloc, aussi appelé tracking) et le crénage (kerning), le réglage fin de l'espace entre deux lettres précises pour corriger les défauts visuels, typiquement entre un A et un V, ou un T et un o. Un logotype bien crêné, c'est la différence entre un travail de pro et un rendu amateur.

Mrs Eaves, Baskerville et Quicksand composées au même corps 36 : la taille apparente des caractères varie selon la police

Le corps : la taille des caractères

Le corps correspond à la grosseur, la taille d'un caractère. Selon le support, il s'exprime en points (impression), en pixels (écran), en pourcentage ou en em (web). C'est la mesure que vous manipulez sans le savoir chaque fois que vous agrandissez un texte dans un traitement de texte.

Un point important, et souvent source de mauvaises surprises : deux polices affichées au même corps n'auront ni la même largeur ni la même hauteur apparente. On parle de différence d'encombrement. Une même valeur de corps peut donner un texte visuellement très gros dans une police, et beaucoup plus discret dans une autre : tout dépend de la hauteur d'x (la hauteur des minuscules sans jambage ni hampe). Avant de choisir une police pour un corps de texte long (un livre, une brochure, un site), vérifiez toujours son encombrement, sous peine de voir votre contenu s'allonger ou se tasser de façon inattendue.

Quatre blocs de faux texte montrant les alignements : aligné à gauche, aligné à droite, justifié et centré

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Les alignements : comment composer un bloc de texte

Il existe plusieurs façons de composer un texte, et chacune a ses usages :

AlignementAutre nomEffetUsage conseillé
Aligné à gaucheFer à gauche, drapeau à droiteBord gauche net, droit irrégulierLecture confortable, le plus courant sur le web
Aligné à droiteFer à droite, drapeau à gaucheBord droit net, gauche irrégulierLégendes, éléments décalés, coordonnées
CentréaucunSymétrique autour d'un axeTitres, invitations, mises en page solennelles
JustifiéaucunLes deux bords sont netsColonnes de presse, livres (avec césures soignées)

Un conseil : le texte justifié est élégant mais exige des réglages de césure et d'espacement, sinon il crée des « rivières » de blancs disgracieuses. Sur le web, l'alignement à gauche reste la valeur sûre pour la lisibilité.

On parle aussi d'interligne (aussi appelé leading), l'espace vertical entre deux lignes de texte. Un interligne trop serré étouffe la lecture, un interligne trop généreux la disperse. C'est un réglage discret mais décisif pour le confort de lecture.

Les mots Serif, Sans Serif, Cursive et DISPLAY composés chacun dans leur famille de police, en noir sur fond blanc

La classification typographique : les familles de polices

Pour s'y retrouver dans les milliers de polices existantes, on les regroupe en grandes familles. Il existe des classifications savantes (la célèbre classification Vox-ATypI, par exemple), mais dans la pratique quotidienne d'une identité visuelle, on retient surtout quatre grandes familles :

  • Serif (avec empattement) : l'empattement est la petite extension à l'extrémité des caractères. Ces polices évoquent la tradition, le sérieux, l'élégance intemporelle. On les trouve majoritairement sur les supports imprimés et dans la presse.
  • Sans serif (sans empattement) : des lettres nettes, sans extension. Elles respirent la modernité et l'épure, et sont particulièrement lisibles à l'écran, d'où leur omniprésence sur les supports digitaux.
  • Cursive : ces polices imitent l'écriture manuscrite. Elles apportent chaleur, personnalité et une touche artisanale, mais s'utilisent avec parcimonie car elles peuvent nuire à la lisibilité.
  • Display : des polices à l'identité graphique très marquée, souvent uniques, réservées aux titres et aux logos. Elles sont faites pour être vues en grand, pas pour composer un paragraphe.

Si vous voulez approfondir le sujet du choix d'une police, j'ai écrit deux articles complémentaires : quelle police d'écriture choisir pour son logo et mes 5 astuces pour choisir les typographies de votre entreprise.

« Ce qu'il faut retenir » en écriture manuscrite noire, carte de synthèse du lexique typographique du Studio Citron Sorbet

Pourquoi la typographie est essentielle dans une identité visuelle

La typographie fait partie intégrante de l'identité de marque d'une entreprise, il est donc essentiel de la choisir et de la travailler finement. Chaque police est porteuse d'une symbolique propre. En plus de votre logotype, vos typographies vont apparaître sur chacun de vos supports de communication : site web, cartes de visite, réseaux sociaux, documents commerciaux, packaging… Il importe que ce soient toujours les mêmes, et qu'elles renvoient un message cohérent, en adéquation avec vos valeurs et votre clientèle cible.

Voici mes conseils pour définir votre charte typographique :

  • Choisissez entre 2 et 3 polices, ni plus ni moins. Au-delà, votre communication perd en cohérence. En général, une police pour les titres et une pour le corps de texte suffisent.
  • Ne choisissez jamais une police trop fantaisiste pour le corps du texte ni même pour vos niveaux de titre. La lisibilité prime toujours sur l'originalité.
  • Demandez-vous ce que connotent vos polices et si cela s'aligne avec vos valeurs d'entreprise. Une serif contrastée ne raconte pas la même histoire qu'une sans serif géométrique.
  • Vérifiez la richesse de la famille : une police qui propose plusieurs graisses, une italique et des chiffres bien dessinés vous offrira une bien plus grande souplesse à long terme.
  • Faites beaucoup d'essais sur tous types de supports pour vérifier que vos polices fonctionnent aussi bien en petit qu'en grand, à l'écran qu'à l'impression.
  • Jouez avec les caractéristiques évoquées dans cet article : corps, graisse, casse, chasse, approche, interligne. Une seule famille bien exploitée peut créer une identité forte et élégante.

Ce travail typographique s'inscrit dans une réflexion plus large sur l'identité visuelle : si vous démarrez, je vous conseille de lire comment s'y prendre pour créer sa charte graphique et les étapes d'une création d'identité visuelle.

FAQ sur le vocabulaire de la typographie

Quelle est la différence entre une police et une typographie ?

Dans le langage courant, les deux mots sont utilisés comme synonymes. Pour être précis, la typographie désigne l'art de composer un texte, tandis qu'une police de caractères est un dessin de lettres particulier (Garamond, Futura…). Une famille typographique regroupe toutes les variantes d'un même modèle : fine, régulière, grasse, italique.

Qu'est-ce que la chasse en typographie ?

La chasse est la largeur d'un caractère, espaces latéraux inclus. Une police peut être régulière, condensée (plus étroite) ou étendue (plus large). À ne pas confondre avec l'approche, qui désigne l'espacement entre les lettres.

Quelle est la différence entre graisse et contraste ?

La graisse est l'épaisseur globale du trait d'un caractère (light, regular, bold…). Le contraste, lui, désigne la variation d'épaisseur à l'intérieur d'une même lettre, entre les pleins et les déliés. Deux notions distinctes qui influencent chacune la personnalité d'une police.

Combien de polices faut-il utiliser pour une marque ?

Deux à trois polices au maximum. Le plus souvent, une police pour les titres et une pour le corps de texte suffisent à créer une identité cohérente et lisible. Multiplier les polices dilue votre message et brouille votre image.

Qu'est-ce que le corps de texte ?

Le corps de texte désigne le contenu principal, courant, d'un document, par opposition aux titres, sous-titres et légendes. On y emploie une police très lisible, dans un corps (une taille) confortable, avec un interligne généreux pour ne pas fatiguer l'œil.

Si ce lexique vous a été utile et que vous souhaitez y voir plus clair pour votre propre marque, je vous propose un : on y parle de votre projet, de vos valeurs et de la direction typographique qui vous ressemble. Au plaisir d'échanger !