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Kite in Moris : une direction artistique autour d'un logo hérité

Le studio signe la direction artistique de Kite in Moris, le guide du kitesurf mauricien : palette teal, accent corail tenu en réserve, thème clair et sombre.

En bref : le studio accompagne depuis deux ans Kite in Moris, le guide du kitesurf à l'île Maurice — spots, écoles, boutiques, prévisions de vent. La direction artistique est signée Fanny Métivier ; le logo, lui, existait déjà. Tout l'exercice a consisté à bâtir un système cohérent autour d'une marque qu'on n'avait pas dessinée : une couleur de marque teal, un corail tenu en réserve, et deux thèmes — clair et sombre — pour un site qu'on consulte autant sur la plage qu'au petit matin.

Il y a des projets où le studio part d'une page blanche. Celui-ci n'en était pas un. Quand Kite in Moris est arrivé, le logo était là : une planche vue de face, un « K » détouré en négatif dans la voile, deux lignes d'eau en dessous. Monochrome, franc, sans dégradé. Ce n'est pas le studio qui l'a créé.

Autant le dire tout de suite, parce que c'est précisément là que le travail commence. Reprendre un logo existant sans le redessiner, c'est une contrainte plus fréquente qu'on ne l'imagine — et souvent plus exigeante qu'une création d'identité visuelle menée de bout en bout. Le signe est donné. Il faut construire tout le reste pour qu'il tienne debout.

Un site qu'on consulte les pieds dans le sable

Kite in Moris n'est pas une vitrine. C'est un outil. On y cherche une école certifiée, le vent qu'il fera à Palmar cet après-midi, une boutique qui répare une aile, une planche d'occasion. Le site affiche une « session du jour » avec la force du vent en nœuds, la température, un indice de conditions. Il compare les spots. Il suit les saisons.

Cet usage-là dicte la direction artistique bien plus que n'importe quelle envie esthétique. On ne lit pas ce site comme on feuillette un portfolio : on l'ouvre en plein soleil sur un téléphone, ou à cinq heures du matin pour savoir s'il faut se lever. C'est un site de données, pas d'ambiance — et une donnée mal contrastée est une donnée inutile.

La couleur de marque : un teal, pas un turquoise

L'écueil, sur un projet mauricien, s'appelle le lagon. La tentation du turquoise de carte postale est permanente, et elle produit invariablement le même site que tous les autres sites de l'île.

La couleur retenue est un teal profond, #0a7e8c. Elle porte les titres, les boutons, les liens, l'accroche de la page d'accueil. Elle évoque l'eau sans la mimer : assez saturée pour signaler, assez sombre pour rester lisible sur fond clair — ce qu'un turquoise pur ne fait jamais. C'est une couleur de marque, pas une couleur de décor.

Autour d'elle, un système restreint : une encre #0c2530, un gris de texte secondaire, un filet de bordure. Rien de plus. Sur un site qui doit afficher des cartes d'écoles, des badges de certification, des indices de vent et des graphiques, chaque couleur supplémentaire est une source de bruit.

Le corail, tenu en réserve

Il y a bien un corail dans la charte, #ff5a3c. Sur toute la page d'accueil, il n'apparaît qu'une seule fois, sur un seul bouton.

C'est la décision la plus intéressante du projet, et la plus facile à détricoter. Un accent n'a de valeur que par sa rareté : dès qu'il habille trois boutons, deux titres et un pictogramme, il cesse d'être un accent et devient une seconde couleur de marque. Le corail est ici gardé pour l'action qui compte, et pour la seconde série des courbes de vent, où il tranche avec le bleu #0f7fa6 sans qu'aucune légende soit nécessaire pour les distinguer.

Le complémentaire chaud d'un teal, c'est un orange rouge. La charte l'utilise comme un signal, pas comme un décor. C'est aussi ce qui permet au logo hérité — noir, neutre, sans couleur propre — de ne jamais entrer en conflit avec quoi que ce soit.

Le graphique des vents mensuels : vent moyen en teal, vent maximum en corail

Sur le graphique des vents mensuels, les deux séries se lisent sans effort : le vent moyen en teal, les rafales en corail. Deux couleurs, aucune légende à mémoriser.

Deux thèmes, et le sombre par défaut

Le site s'affiche en clair et en sombre, et c'est le sombre qui s'ouvre en premier.

Kite in Moris sur mobile en thème sombre : fond bleu nuit, accroche en teal

Le fond est un bleu nuit #081820 — un bleu qui garde une trace de vert, pas un gris neutre. L'encre passe à #e6f1f4. Le teal, lui, ne peut pas rester identique : sur fond sombre il remonte en luminosité pour tenir le contraste. Deux jeux de valeurs, une seule identité.

Kite in Moris sur mobile en thème clair : fond blanc cassé, mêmes composants

En clair, le fond n'est pas blanc mais #f4f7f7, très légèrement désaturé vers le vert. Les cartes, elles, sont blanches : c'est ce décalage minuscule qui les fait exister sans qu'on ait besoin d'une ombre portée.

Space Grotesk et Inter

Les titres sont en Space Grotesk, le texte courant en Inter. Le choix est de Fanny, et il n'est pas décoratif.

Space Grotesk est une grotesque aux terminaisons légèrement coupées, un peu techniques, qui apporte du caractère sans jamais gêner la lecture d'un chiffre. Inter est dessinée pour les interfaces : ses chiffres s'alignent, ses hauteurs d'x tiennent à petite taille. Sur un site où l'on affiche « 10.4 kt E » et « 23 °C » à côté d'un badge « Excellent · 87 % », c'est exactement ce qu'il faut. Le couple donne à Kite in Moris un ton d'instrument de mesure, pas de brochure touristique.

C'est le genre d'arbitrage qu'on retrouve dans toute charte graphique sérieuse : une typographie de titre qui signe, une typographie de texte qui s'efface.

Ce que le projet raconte

On résume trop souvent l'identité visuelle au logo. Kite in Moris démontre l'inverse. Le logo était donné, et tout le reste — la couleur qui signale, celle qu'on garde en réserve, les deux thèmes, le couple typographique, la discipline qui consiste à ne pas ajouter de couleur — a fait le site.

C'est aussi un projet qui ne pouvait pas se faire depuis un bureau. Savoir qu'on consulte un site de vent en plein soleil, qu'on cherche une école à Palmar plutôt qu'à Grand Baie, que la saison de kite ne suit pas le calendrier européen : ce sont des choses qu'on comprend en vivant sur place. C'est une des raisons d'être du studio comme graphiste à l'île Maurice.

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